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{2.7.04}

 
qui me défend de me défendre ?

S’il est une fonction communément admise comme relevant des prérogatives étatiques, c’est bien la défense militaire. Lorsque les anarcho-capitalistes exposent leur préférence pour une privatisation de ce secteur, ils sont certains de susciter des réactions au mieux sceptiques, au pire épouvantées - mâtinées de sarcasmes fielleux. Ce rejet d’une défense libérée de la mainmise politique s’explique probablement par l’habitude, mais aussi par le poids de l’idéologie statolâtre qui n’a cessé de s’amplifier depuis deux siècles.

En réponse à ces réactions scandalisées, plusieurs possibilités s’offrent aux anarcho-capitalistes: d’abord, il est aisé de faire remarquer que l’efficacité étatique en matière de défense contre les agressions extérieures est tout sauf probante. Les Belges en savent d’ailleurs quelque chose. Toutefois, un argument contraire est souvent invoqué: si les sociétés sans gouvernement étaient tellement meilleures et plus sûres que les sociétés étatisées, elles n’auraient pas disparu. De même, nous dit-on, un petit pays - mettons Monaco ou le Liechtenstein - aurait peu de chances de refouler une attaque militaire venant d’un Etat suréquipé militairement et comprenant un contingent important.

Ces objections sont loin d’être stupides ou insignifiantes, je le reconnais volontiers - même si des événements plus ou moins récents ont montré qu’une armée puissante et fournie en hommes pouvait s’enliser, voire battre en retraite, dans un pays disposant d’une technologie militaire moins développée.

Pour appuyer leur thèse, les adversaires d’une défense privée recourent donc à des exemples de sociétés (plus ou moins) sans Etat qui ont été vaincues. Pensons aux Aborigènes d’Australie ou aux Indiens d’Amérique, par exemple. Ces sociétés ne sont pas parvenues à s’organiser suffisamment pour se protéger des microparasites (insectes et autres bestioles apportant des germes infectieux) ni des macroparasites (gouvernements et autres bandes de pillards). Si bien que, soit elles ont disparu, soit elles ont été réorganisées en une mouture plus autoritaire.

Dans un article paru au printemps 2001 dans l’Independant Review, le professeur Jeffrey Rogers Hummel propose une interprétation évolutionniste de ces questions. En l’espèce, il fait intervenir un élément décisif dans le développement des sociétés humaines: l’idéologie. Vous vous souvenez sans doute que mon hôte et ami Melodius avait récemment publié un remarquable article dans lequel il convoquait les hypothèses néo-darwiniennes du zoologiste Richard Dawkins, fondées sur la théorie des « memes » (pour résumer : des gènes-idées), pour les rapprocher de la Weltanschauung zekienne - notoirement sceptique envers la possibilité de succès d’un « meme » libertarien. Dans son article, intitulé The Will to Be Free, Hummel se réfère également aux travaux de Dawkins, mais pour souligner la supériorité civilisationnelle du modèle libertarien.

Les idées ont toujours influé sur l’évolution historique de nos sociétés - quelle que soit leur valeur intrinsèque. Pour l’heure, certes, ce sont les thèses et concepts collectivistes et interventionnistes qui l’ont emporté et qui continuent de régner. Mais rien ne nous dit qu’il faille s’y résigner. Le « meme » libertarien pourrait un jour se répandre comme une traînée de poudre. Hummel explique ainsi qu’une société dans laquelle les individus auraient réussi à se débarrasser de l’appareil d’État qui les opprimait (et qui colonisait leur territoire, telle une armée d’occupation) aurait de fortes chances de se défendre efficacement contre une agression extérieure. En effet, loin de mener une politique agressive, une telle communauté donnerait un exemple lumineux de ce que des individus décidés peuvent parvenir à des fins libérales. De plus, une économie qui ne serait plus freinée et entravée par les chaînes étatiques permettrait aux habitants d’une société anarcho-capitaliste de trouver des solutions technologiques inédites aux problèmes de défense. Nul doute aussi que ce mouvement inspirerait pas mal de sympathie à travers le monde et que la propagation du « meme » libertarien - facilité par des réseaux d’information libres - contrarierait fortement le maintien du pouvoir étatique, lequel finirait probablement dans les oubliettes de l’Histoire.

Ma conclusion est que, si des petites communautés rurales ont jadis été évincées par des armées étrangères, ce n’était donc pas à cause de leur absence de centralisation administrative, mais bien parce qu’elles stagnaient économiquement. Or seule une société de liberté peut offrir véritablement et durablement les conditions de paix et de prospérité. Si une communauté de chasseurs-cueilleurs est vulnérable face à une société économiquement plus performante - bien qu’autoritaire -, celle-ci l’est tout autant si on la compare à une société réellement libérale: reposant sur le droit de propriété, l’individualisme et la paix.

Enfin, si l’organisation étatique est aujourd’hui - en apparence, du moins - plus forte que jamais, c’est en grande partie parce que la plupart d’entre nous consentent à cette agression et refusent de croire qu’ un autre monde est possible - libéral celui-là. Il ne tient qu’à nous de renverser la vapeur.

Omer Vidolis
posted by melodius 2.7.04


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